Toutes les universités n'ont pas d'entretien — et c'est important à savoir
Avant de se préparer à quelque chose qui n'existe pas, il faut clarifier : la plupart des universités européennes n'ont pas d'entretien en bachelor. Bocconi, Rotterdam RSM, Maastricht, Leiden, Mannheim — aucun entretien standard pour les admissions bachelor. Le dossier écrit décide seul.
En revanche, certains programmes font exception. Sciences Po Paris organise un oral pour l'admission internationale, avec une épreuve de langue et parfois un entretien de motivation selon la voie choisie. L'ESSEC BBA prévoit un entretien de motivation pour les candidats retenus après une première sélection sur dossier. Certains programmes néerlandais sélectifs utilisent des entretiens motivationnels, notamment en psychologie ou en droit. Et pour les programmes de master ou MiM dans des écoles comme LBS ou INSEAD, l'entretien est systématique.
La première chose à faire : lire la page admissions du programme que tu cibles et vérifier si un entretien est prévu, sous quelle forme, et à quel stade du processus.
Les différents formats d'entretien
Il n'y a pas un seul type d'entretien d'admission — il y en a plusieurs, avec des logiques très différentes.
L'entretien motivationnel est le plus courant au niveau bachelor. Un membre de l'équipe admissions te pose des questions sur ton projet, ton parcours, tes raisons de candidater à ce programme. La durée est souvent courte — 20 à 30 minutes. C'est davantage une vérification de cohérence qu'un test de connaissances. Ils cherchent à s'assurer que le dossier écrit correspond à la personne réelle.
L'entretien académique est plus exigeant. Il est utilisé par certains programmes britanniques — Oxford et Cambridge l'utilisent systématiquement — et consiste à discuter d'idées dans ta discipline. On peut te poser une question à laquelle tu n'as pas de réponse préparée et observer comment tu raisonnes. Qu'as-tu lu récemment ? Que penses-tu de telle tension dans ton domaine ? Ce n'est pas un QCM — c'est une conversation intellectuelle.
L'entretien vidéo asynchrone est de plus en plus répandu. Tu reçois des questions, tu as un temps de préparation court (30 secondes à 2 minutes), et tu enregistres ta réponse en une seule prise. Certaines universités utilisent des plateformes comme HireVue ou Kira Talent. C'est déstabilisant la première fois — il faut s'y entraîner concrètement, pas juste mentalement.
La journée d'assessment, plus rare au niveau bachelor, réunit plusieurs candidats en groupe pour des exercices collectifs, des présentations ou des mises en situation. Elle existe dans certains programmes de commerce très sélectifs en UK.
Préparer les questions motivationnelles : être précis, pas parfait
"Tell me about yourself." "Why this program?" "Why this university specifically?" Ces questions sont prévisibles — et c'est là que beaucoup de candidats échouent, non pas par manque de préparation, mais par excès de généralité.
La réponse à "pourquoi ce programme" ne peut pas être : "parce que c'est une excellente université avec une forte réputation internationale et un réseau d'alumni impressionnant." Tout le monde dit ça. Ce qu'ils veulent entendre, c'est ce que tu as trouvé de spécifique dans ce programme qui correspond à quelque chose de précis dans ton parcours — un cours, une approche pédagogique, un professeur dont tu as lu les travaux, un lien cohérent avec ce que tu veux faire après.
La précision protège aussi contre la nervosité. Une réponse générique est difficile à défendre si on te relance. Une réponse ancrée dans des éléments réels — un livre, une expérience, une question que tu te poses vraiment — est beaucoup plus facile à tenir sous la pression d'une question de suivi.
Préparer les questions académiques : lire est insuffisant — il faut penser
Pour les entretiens académiques — principalement les programmes britanniques sélectifs — la préparation ne consiste pas à mémoriser des réponses. Elle consiste à développer une pensée propre sur ta discipline.
Lis au moins un livre de fond dans ton domaine, au-delà de tes cours. En économie : Tim Harford, Ha-Joon Chang, ou Acemoglu. En sciences politiques : Fukuyama, Mounk, ou Levitsky. En droit ou sciences sociales : choisis quelque chose qui t'a réellement interpellé. L'objectif n'est pas de pouvoir réciter le contenu — c'est de pouvoir dire : "J'ai lu X, ça m'a amené à me poser cette question, et voici comment j'y réfléchis."
Si tu ne sais pas répondre à une question en entretien, il vaut mieux penser à voix haute que de faire semblant ou inventer. Les interviewers académiques préfèrent un candidat qui dit "je ne suis pas sûr, mais mon intuition est que..." et développe un raisonnement honnête, à un candidat qui récite une réponse apprise par cœur qui ne correspond pas vraiment à la question posée.
Les erreurs les plus fréquentes
Arriver sans avoir vérifié les informations de base sur le programme — taux d'admission, durée, structure des cours. C'est visible immédiatement et ça donne l'impression que l'université est un choix par défaut.
Répondre trop vite. Surtout en anglais, où la tentation est de parler vite pour compenser l'accent ou l'hésitation. Prendre une seconde avant de répondre n'est pas une faiblesse — c'est un signe de réflexion.
Ne pas poser de questions à la fin. L'entretien est aussi une conversation. Avoir une question sincère préparée — pas "what are the career outcomes" mais quelque chose qui montre que tu as réfléchi au programme — laisse une bonne dernière impression.
Et sur le fond : essayer de plaire plutôt qu'être cohérent. Les interviewers voient des centaines de candidats. Ils repèrent rapidement quelqu'un qui dit ce qu'il croit que l'université veut entendre. Un projet imparfait mais authentique est plus convaincant qu'un projet "parfait" qui sonne creux.
La forme compte aussi : ce qu'on oublie souvent
Pour un entretien en visio : tester la connexion, l'éclairage et le micro en amont. Un fond neutre, une pièce silencieuse, la caméra à hauteur des yeux. Ce n'est pas superficiel — une mauvaise qualité technique distrait et donne une impression de désorganisation.
Pour un entretien en présentiel : arriver avec quelques minutes d'avance, habillé sobrement mais correctement. Pas besoin d'un costume — une tenue propre et soignée suffit. Ce que tu portes ne te fera pas admettre, mais une tenue négligée peut créer un mauvais signal dès les premières secondes.
La durée des entretiens motivationnels est généralement de 20 à 45 minutes. Pour les entretiens académiques type Oxford/Cambridge, compte 30 à 60 minutes. Pour les vidéos asynchrones, les questions durent rarement plus de 3 minutes de réponse attendue par question.
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